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Hommage à NORBERT POINSART

Les quelques amis dont je suis le porte-parole ont voulu évoquer Norbert l’homme public, celui qui a tant œuvré pour les autres, celui que vous avez connu dans l’une ou l’autre de ses nombreuses activités.

Conjuguer la vie d’un tel homme au passé est douloureux, car cela nous prive d’autant plus de sa présence. Pourtant, notre devoir est là.

Si nous sommes ici, ce n’est pas parce qu’un homme connu s’est éteint, mais c’est pour lui, et pour dire à Annie, Véronique et Isabelle combien nous l’aimions lui, l’archétype de l’humain.

Humain, il l’était par profession. Coiffeur un peu dégarni, c’était son métier de base, mais c’était plus que son gagne-pain. Alors que ses mains s’affairaient autour de la chevelure des clientes, il y voyait une manière de communiquer, voire même, oserais-je le dire ici, de communier.

Ce travail, il l’a exercé avec passion, comme tout ce qu’il faisait, et dans une seconde carrière, sillonnant les routes du Grand-Duché pour compte d’une firme qui eut la lumineuse idée de le recruter. Il communiqua ainsi sa bonne humeur et ses compétences à ses confrères. Ces derniers en parlent encore avec affection, fiers de l’avoir connu.

Humain, il l’était par son besoin de servir ceux qui sont différents. Membre-fondateur de la CLAIRIERE, administrateur actif et régulier durant de longues années, il était assidu aux fameux réveillons. Il s’y amusait certes, mais y allait surtout pour participer au financement des actions de cette ASBL exemplaire. Il n’était d’ailleurs pas rare qu’un résidant vienne passer le week-end dans la maison douillette de la Rue de Toernich, juste pour qu’il puisse se changer les idées.

Humain, il fallait l’être pour penser à créer, au même moment, un groupe d’animation d’enfants qu’il avait dénommé « Les bleuets », mais que tout le monde appelait « Les bleuets de Norbert Poinsart ». Le point de ralliement était un atelier de la Ruelle Schentzy, tout près de sa chère Avenue de la Gare. C’était un lieu de divertissement où les jeunes se fréquentaient dans un joyeux mélange, sans considération de milieu, d’école ou d’origine, sous la bienveillante surveillance de quelques animateurs à peine plus âgés. De solides amitiés s’y sont scellées ; elles durent encore !

Humain, il l’a été extraordinairement lorsqu’il a fondé, avec d’autres, la Mutuelle libérale. Négociant l’achat d’un immeuble, se retroussant les manches les jours de congé, faisant de la publicité pour les services, il y a cru dès le départ. L’idée était que le domaine social n’était le monopole d’aucune philosophie, lui qui se sentait l’adepte d’une laïcité douce, aussi à l’aise avec le curé, le rabbin ou le pasteur qu’avec le mécréant. Il cherchait à ce que chacun ait ce à quoi il avait droit et soit reçu avec des mots simples. Sourcilleux sur la qualité de l’accueil, certains le soupçonnent même d’avoir été un précurseur de la technique du client-mystère, s’assurant ainsi que tout membre était traité comme s’il était unique. Une salle de la mutualité portera son nom prochainement, associé sans doute à celui d’un autre pionnier disparu. Cela soulignera leur esprit d’équipe, sans lequel rien n’aurait été possible.

Humain, il l’a été jusqu’à se soucier, et ô combien, du bien-être animal, présidant plusieurs années, avec une efficacité reconnue, sa chère SRPA. Son attention pour nos fidèles compagnons était bien sûr le prolongement de son engagement pour les autres, ne supportant la souffrance d’aucun être vivant et faisant tout pour la combattre.

Humain, comment pouvait-il ne pas être touché par le virus politique ? Libéral, attiré par son professeur de Droit, il s’est lancé très jeune dans le bain électoral. Il a très souvent parlé de la réaction vigoureusement négative de son papa, ce qui l’a d’ailleurs définitivement convaincu de poursuivre l’aventure ! Ne le répétez pas, mais heureusement, les jeunes n’obéissent pas toujours. La politique, ce n’était pas pour lui la quête des honneurs, ni l’attrait de l’or des Palais, ni le pouvoir, c’était un moyen, parmi d’autres, de semer du bonheur et de la solidarité. Ses scores en voix de préférence reflétaient la place qu’il avait dans le cœur de citoyens certains de ne pas être déçus, le propulsant au Conseil du CPAS, au Collège échevinal et au Conseil provincial. C’est tout naturellement qu’on faisait confiance à celui qu’on a fini par appeler « Papy Norbert ». Et c’est sans heurts qu’il a cédé le relais au moment qu’il a choisi, gardant toutefois un œil vigilant sur ce qui se passait dans sa commune.

Humain, il donnait toute sa mesure dans la célébration des mariages. Sa vie fut même jalonnée par l’union des couples. Après l’austère lecture du Code Civil, il entamait une partie bien plus vivante de la cérémonie. Les phrases étaient ciselées et elles faisaient mouche chez les tourtereaux. La réussite n’était toutefois totale que lorsque, s’adressant aux parents des mariés, il leur disait qu’ils ne venaient pas de perdre leur fils ou leur fille, mais qu’au contraire, ils avaient désormais un nouveau fils ou une nouvelle fille. Émotion et petite larme garanties !

Humain, il l’a été résolument au Conseil d’Administration puis à la présidence du Crédit Ouvrier Arlonais, cette société de prêts sociaux favorisant l’accès à la propriété. Il a ainsi permis à des centaines de jeunes couples, débutant dans la vie, d’acheter le domicile familial à un coût supportable. Il a de ce fait donné corps à l’adage qui dit que « Pauvre homme en sa maison est roi ». Il assurait le suivi jusqu’à aller passer l’acte notarié, car ce qui comptait pour lui, c’était le contact personnel. Pour tout cet engagement et pour toute son œuvre, je me demande bien pourquoi il n’a pas encore reçu un Godefroid ou une espèce de Mérite social de la Ville, mais reconnaissons qu’il s’était vu octroyer le titre d’Échevin honoraire, ce qui l’avait touché.

Humain, au milieu des années nonante, il se fait un devoir quasi-filial de présider la Maison de la Culture d’Arlon. Preuve de sa grande ouverture d’esprit, il découvre alors le panel d’activités de cette maison, et il n’aura de cesse de les favoriser, y apportant même des accents nouveaux. Il usera de son influence pour que les professionnels soient placés dans les meilleures conditions possibles. Ils pouvaient ainsi assurer le rayonnement de leur formidable outil de travail. Quand vous y retournerez, pensez-à lui en regardant son portrait sur la fresque du foyer, non loin du bar !

Terminons. Était-il besoin d’essayer de vous convaincre de l’humanité de Norbert ? Bien sûr que non, il l’a fait lui-même tout au long de sa vie avec une jolie cohérence. Tout au plus, cette évocation de son parcours a-t-elle pu réveiller l’un ou l’autre souvenir. Aucun autre nom que le sien n’a été cité, car c’est de lui que nous voulions parler.  Il a traversé cette vie avec son éternel et beau sourire, celui qu’on aimait tant et qu’il distribuait sans compter. Il le devait autant à sa nature joviale qu’au soutien constant d’Annie. Quel réconfort de voir que ce sourire, il l’a légué à Véronique et Isabelle, comme un cadeau qu’il aurait voulu nous faire et grâce auquel il est encore un peu avec nous. Car un homme comme lui ne meurt pas.

Pierre-Henry Goffinet
2.11.2017